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Dernière mise à jour 16/05/2008
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Trois Bassins
Les pieds dans l'eau, la tête dans les nuages
 
La commune des Trois-Bassin correspond parfaitement à l’image des anciennes concessions accordées aux colons de Bourbon par la Compagnie des Indes : du battant des lames au   sommet des montagnes. Elle court sur à peine 4 km au bord de l’océan, et s’étire tout en longueur    jusqu’au Grand-Bénare, second plus haut sommet de l’île. Mer, campagne, forêts d’altitude, des atouts qui représentent l’avenir de la commune.
 
Sa bordure littorale, entre la ravine des Trois-Bassins et la Petite-Ravine, est large de 4 km. La commune étire ses 4 258 ha avec 6 598 habitants (recensement de 1999) en une longue bande de terre qui trempe ses pieds dans l’eau et culmine à 2 896 mètres, au royaume des nuages, du froid, mais aussi du grand soleil et de points de vue plus impressionnants les uns que les autres. Elle doit son nom à trois bassins côtiers, aujourd’hui disparus, situés à l’embouchure de la ravine du même nom. Son territoire est partagé en trois zones distinctes. De 0 à 400 m d’altitude, une étroite bande côtière aride, où s’ébattent des théories de cabris, au milieu des arbustes épineux dont ils sont friands. Malgré cet espace littoral restreint, Trois-Bassins possède une des plus jolies petites plages “sauvages” de l’île, à Souris-Chaude, domaine des baigneurs, royaume des surfeurs. Les compétitions y sont de haut niveau. De 400 à 1 400 m, l’ensoleillement moyen et l’hygrométrie ont fait de cette couche intermédiaire une terre généreuse : cannes, fruits, maraîchage, géranium, et surtout beaucoup de champs d’agrumes et de fraises dont la commune est grosse productrice. Au-delà, c’est le domaine de la grande forêt des Hauts jusqu’à 1 900 m, suivie d’une étroite bande aride d’altitude. C’est la partie la plus étendue, gérée par l’Office National des Forêts.
 
Historique  
La dénomination “Trois-Bassins” figurait déjà sur une carte dressée par Flacourt en 1649, sur la foi de déclarations faites par les premiers exilés de Fort-Dauphin. Aux premiers temps du peuplement, la ravine des Trois-Bassins marquait la limite Sud de la colonisation. Il était interdit de s’y aventurer. Cela n’engagea guère les premiers Bourbonnais, déjà frondeurs ! Lorsque la Compagnie des Indes leur interdit de commercer autrement que dans ses propres magasins, ils s’en allèrent allègrement, de nuit, franchir la ravine interdite, pour troquer avec les forbans mouillant à quelques encablures de la Petite-Ravine : fruits, légumes, viande fraîche, contre des fusils, de la poudre et quelques pièces d’or conquises de haute lutte. Trois-Bassins fut longtemps une section administrative du quartier de Saint-Paul, puis de Saint-Leu. La création de la commune est fixée par un arrêté du Gouverneur en date du 15 avril 1897. Les premières élections municipales ont eu lieu le 9 mai 1897, le premier maire fut Henri Auber.
 
La grande forêt et la route des Hauts
La route forestière des Hauts va de la route du Maïdo jusqu’au Tévelave. En la matière, Trois-Bassins est richement dotée puisqu’une bonne partie du trajet se situe sur son territoire. Les deux tiers de la commune sont gérés par l’Office National des Forêts. Pour la simple raison que les deux tiers de la commune sont constitués de forêts d’altitude. Il s’agit de forêts naturelles, ou de replantation. Dans ce dernier cas, les repeuplements forestiers sont en cryptomérias, essence résineuse importée du Japon au début des années soixante, lorsqu’il apparut que les importations de bois de construction allaient grever de plus en plus lourdement le budget du département. Très décrié à ses débuts, le cryptoméria est de plus en plus recherché par les menuisiers et ébénistes, car il offre d’intéressantes possibilités dans les lambris. Et comme tous les résineux, il a une essence très agréable à l’odorat. L’essentiel du couvert forestier, cependant, est constitué de forêts primitives, avec des essences endémiques (introuvables ailleurs, ndlr). L’altitude met sous les yeux émerveillés du promeneur une multitude d’essences aussi caractéristiques que le tamarin des Hauts, roi de nos forêts de montagne, cet acacia heterophila qui dessine comme de fines et inextricables dentelles contre le bleu du ciel. On y rencontre également le grand et le petit maho, terrain de jeu exclusif des abeilles lors des grandes floraisons d’hiver ; et de curieuses formations végétales combinées, comme l’association tamarin/calumet, une variété endémique de bambou très utilisé en artisanat. Ici et là, d’immenses pâturages, des champs immaculés d’arums, et entre tout ça, des espèces d’oiseaux inconnues ailleurs : oiseau de la Vierge, oiseau blanc, oiseau vert, férocement pourchassés par la papangue, rapace diurne endémique de Bourbon.
 
Vestiges d'une usine à sucre à la Grande-Ravine
Il s’agit d’un des sites historiques les moins connus de l’île. Sans doute parce que toute cette partie basse et aride de la commune des Trois-Bassins n’est qu’une zone de passage entre les Hauts et le littoral, et que cette région est particulièrement vide d’habitants. Son histoire est pourtant particulièrement intéressante et est une preuve éclatante de la débrouillardise dont savaient faire preuve les industriels de l’époque… A quelques centaines de mètres de la rive gauche de la Grande-Ravine, à quelques 426 mètres d’altitude, soit à peu près à la hauteur de l’actuelle église des Colimaçons, existait un établissement sucrier qui a fonctionné pendant près de soixante-dix ans, de 1846 à 1916 environ ; la date de cessation de ses activités est mal déterminée. Elle s’est successivement appelée Usine veuve Gautier ; puis établissement de la Grande-Ravine ; et enfin usine du câble : parce que pour son approvisionnement en cannes à sucre à partir de l’autre rive, les directeurs avaient mis au point un ingénieux système de câbles suspendus entre les falaises pour le transport des cannes. Audacieux certainement, téméraire sans doute… mais ça marchait. On n’en connaît aucun autre exemple dans l’Outre-Mer français. Les vestiges de l’usine et de son merveilleux câblage subsistent aujourd’hui, au lieu-dit Le Câble précisément, sur les deux rives de la Grande-Ravine.
Accès : à partir de la RN1, suivre la route des Hauts, vers Colimaçons ou vers Trois-bassins, jusqu’aux panneaux indicateurs.
 
La Glacière
Le site de la Glacière est une curiosité géo-climatique unique dans l’île. Vers 1830, un certain Joseph Morénas, originaire du Vaucluse, probablement choqué par le grand froid lors d’une excursion au Grand-Bénare, eut une illumination. Un peu en contrebas du Grand-Bénare, à 2 600 mètres d’altitude, il fit creuser de grands puits dans la roche basaltique des hauts de la Grande-Ravine. Il ne restait alors plus qu’à attendre le résultat de l’action combinée des pluies d’été et du froid d’hiver. Devant ce succès incontestable, il demande la concession des terrains sur lesquels il avait construit ses glacières. Cela fonctionna mieux que bien, au seul service, on s’en doute un peu, des riches familles de la région de l’Ouest. La Glacière fut successivement exploitée par Morénas puis par la richissime Madame Desbassyns. Pour le transport, la glace était pilée (par les esclaves) puis reconstituée en “pains” durs de quelques kilos, et transportée, emballée dans de la laine, à tête d’homme (toujours les esclaves) par les sentiers périlleux des Hauts. Abandonnés depuis le milieu du XIXe siècle, ces puits sont encore bien visibles aujourd’hui.
Accès : suivre le fléchage à partir du sentier du Grand-Bénare (voir à la rubrique Saint-Paul).